Au Sénégal, rares sont les locations ou les ventes qui se concluent sans intermédiaire. Un bon courtier vous fait gagner du temps et vous évite des erreurs coûteuses ; un intermédiaire peu scrupuleux peut, à l'inverse, vous exposer à une arnaque. Voici ce qu'il faut savoir sur leur rôle, leurs commissions et la manière de choisir un professionnel fiable.
Courtier, agent, « coxeur » : qui fait quoi ?
Sur le terrain, plusieurs profils se côtoient. L'agence immobilière est une structure établie, avec des locaux, des mandats et souvent un service de gestion locative. L'agent ou courtier indépendant travaille seul et met en relation propriétaires et clients. Enfin, de nombreux intermédiaires occasionnels, souvent appelés « coxeurs », repèrent des biens dans leur quartier et touchent une commission sur la mise en relation.
La réglementation reste floue en pratique. Selon certaines sources, une carte professionnelle est prévue par un décret de 1983 relevant du ministère du Commerce, mais on estime que 70 à 80 % des intermédiaires exercent de manière informelle. Autrement dit, la présence d'un intermédiaire ne dit rien, à elle seule, de son sérieux : c'est à vous de vérifier.
Le rôle d'un bon intermédiaire
Un professionnel sérieux ne se contente pas d'ouvrir une porte. Il doit notamment :
- comprendre votre besoin (budget en FCFA, quartier, type de bien, délai) et vous proposer des biens cohérents ;
- organiser les visites et vous présenter le propriétaire ou son représentant ;
- vous communiquer les documents du bien : statut juridique (titre foncier, bail, délibération), pièces d'identité du vendeur ou du bailleur, quittances ;
- vous aider à négocier le prix ou le loyer ;
- vous orienter vers un notaire pour une vente, et rédiger ou faire rédiger un bail écrit pour une location.
Il n'a en revanche aucun pouvoir pour garantir un titre de propriété. Seuls l'état des droits réels délivré par la Conservation de la propriété et des droits fonciers (DGID) et le travail du notaire sécurisent juridiquement une vente.
Combien coûte un intermédiaire ?
En location : une commission plafonnée
Le décret n°2023-382, en vigueur depuis le 1er mars 2023, limite la commission de l'agent à un demi-mois de loyer. Le même texte encadre la caution : pour un loyer inférieur à 500 000 FCFA, le dépôt de garantie ne peut dépasser deux mois (le premier versé à l'entrée, le second étalé sur 12 mois), et le loyer est payé à terme échu.
En pratique, certains bailleurs ou agents exigent encore trois ou quatre mois d'avance, voire un mois entier de commission : c'est au-delà des plafonds. Pour les loyers plus élevés, faites préciser par écrit les conditions appliquées. En cas de litige, la CONAREL (Commission nationale de régulation des loyers) dispose d'un numéro vert : 800 800 7777. En septembre 2026, le gouvernement a par ailleurs annoncé un gel temporaire des loyers (arrêté à venir) et l'extension de la CONAREL à Thiès, Fatick et Saint-Louis.
En vente : une commission à négocier
Il n'existe pas de barème légal pour la vente. Selon les agences, la commission se situe généralement entre 3 et 10 % du prix. Cet écart est considérable : sur un bien à 50 millions de FCFA, il représente plusieurs millions. Négociez donc ce taux avant toute visite et précisez :
- qui paie la commission (vendeur, acheteur ou partage) ;
- à quel moment elle est due (idéalement à la signature de l'acte chez le notaire, pas avant) ;
- sur quel montant elle est calculée (prix net vendeur ou prix total).
N'oubliez pas que la commission s'ajoute aux frais d'acquisition, estimés en ordre de grandeur à environ 10 % du prix (émoluments du notaire, droits d'enregistrement, publicité foncière) — montants à confirmer avec votre notaire.
Le mandat écrit : votre meilleure protection
Un accord verbal ne protège ni vous ni l'intermédiaire. Exigez un mandat écrit, signé des deux parties, qui précise :
- l'identité complète de l'intermédiaire et, le cas échéant, de son agence ;
- le bien concerné ou la recherche confiée (adresse, type, budget) ;
- la mission exacte : recherche, visites, négociation, suivi jusqu'au notaire ;
- le montant ou le pourcentage de la commission, la partie qui la paie et son fait générateur ;
- la durée du mandat et les conditions pour y mettre fin ;
- l'éventuelle exclusivité.
Côté propriétaire, un mandat écrit limite aussi les annonces publiées par plusieurs intermédiaires à des prix différents.
Encadré pratique — avant de verser le moindre franc : demandez une pièce d'identité à l'intermédiaire, rencontrez le propriétaire en personne, obtenez une copie du document foncier, faites demander un état des droits réels récent, et payez uniquement par un moyen traçable (virement, mobile money) contre reçu. Pour une vente, les fonds transitent par le notaire.
Les signes d'alerte
Les arnaques documentées ces dernières années montrent des schémas récurrents. En mai 2025, au Lac Rose, 43 victimes ont versé au total 216,8 millions de FCFA à un promoteur qui annonçait un titre foncier alors que le site relevait du domaine national. D'autres affaires concernent un faux projet aux Almadies visant la diaspora (environ 100 millions de FCFA), des ventes réalisées avec la signature falsifiée d'un propriétaire décédé, ou encore la double vente d'un même terrain.
Méfiez-vous si l'intermédiaire :
- réclame des « frais de visite » ou une avance avant de vous montrer le bien ;
- refuse de vous mettre en contact avec le propriétaire ;
- ne peut pas produire de document foncier, ou vous présente une simple délibération comme un titre de propriété ;
- vous presse de payer « avant qu'un autre client ne prenne le bien » ;
- demande un paiement en espèces, sans reçu, ou sur un compte au nom d'un tiers ;
- propose un prix très inférieur au marché dans un quartier recherché ;
- déconseille le passage chez le notaire.
Pour un terrain, vérifiez aussi qu'il ne se situe pas dans une zone où les procédures foncières ont été suspendues depuis avril 2024 (plusieurs secteurs de Dakar, Thiès, Pointe Sarène ou Ndiébène Gandiole notamment). Des levées partielles ont eu lieu depuis, mais la situation doit être vérifiée au cas par cas.
Comment choisir un intermédiaire fiable
Quelques critères simples permettent de faire le tri :
- Traçabilité : une identité claire, une adresse, des coordonnées stables, et si possible une agence enregistrée.
- Transparence : une commission annoncée d'emblée et un mandat écrit proposé sans que vous ayez à insister.
- Documents : l'intermédiaire vous transmet spontanément le statut juridique du bien et vous encourage à le faire vérifier.
- Réputation : recommandations de clients, historique d'annonces cohérentes, réactivité.
- Respect des règles : en location, il applique les plafonds de caution et de commission du décret de 2023.
Sur eKer, les agents disposant d'un badge vérifié sont signalés sur leur profil, et vous pouvez les contacter via la messagerie intégrée pour poser vos questions et demander un rendez-vous de visite. Ce badge est un premier repère utile, mais il ne remplace pas vos propres vérifications ni le rôle du notaire.
Conclusion
Un bon intermédiaire est un allié précieux, à condition de cadrer la relation dès le départ : commission connue, mandat écrit, documents vérifiés et paiements traçables. Pour la location, retenez le plafond d'un demi-mois de loyer ; pour la vente, négociez et écrivez tout. Vous cherchez un professionnel ? Consultez la liste des agents sur eKer et parcourez les annonces disponibles. Vous êtes vous-même intermédiaire ? Devenez agent sur eKer.
Sources
- Sénégal Services — Demander un état des droits réels
- Le Soleil — Le gouvernement annonce un gel temporaire des loyers
- Dakaractu — Escroquerie foncière au Lac Rose
- RTS — Levée des suspensions des procédures foncières
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un notaire ou d'un juriste.
